Une biographie de Sim Copans par Robert Peyrillou

« Je me souviens des émissions de Sim Copans ».

Qu’ils soient jazzmen, chauffeur de taxi anonyme, Filipacchi, Averty ou qu’il s’appelle Georges Pérec, Sim Copans les a initiés à une musique interdite sous l’occupation mais néanmoins musique du XXème siècle déclarée « trésor national » par le Congrès des Etats-Unis. « L’Amérique et sa musique », « Panorama du jazz américain », « Negro spiritual », « Fleuve profond »,…… ont jalonné les programmes de radio de la fin des années 40 jusqu’au milieu des années 70.

Né à Stamford dans le Connecticut en 1912, puis étudiant à la Brown University, il doit sa venue sur le sol français à un professeur qui, il faut le dire, l’a un peu poussé! c’était en 1932. En 1938, il revient en France pour une thèse sur la « perception française de la démocratie américaine sous le second empire », il rencontre Lucienne Godiard chez Gallimard, l’épouse et la ramène aux Etats-Unis.

Il enseigne à la Columbia University de l’Etat de New-York puis en pleine guerre décide d’aller à Londres participer à la lutte contre le fascisme. Membre de la « Psychological warfare » il débarque en juin 1944 non armé mais avec le grade de capitaine en Normandie. Il rassure les populations après le passage des allemands avec son camion équipé d’un studio et de haut-parleurs. Le 21 juillet 1944, il écrit à Lucienne: « L’aspect le plus intéressant de notre travail, c’est l’amitié, le contact personnel,……je voudrais aussi avoir le temps de te parler de l’esprit magnifique des gens qui ont tout perdu,……c’est très émouvant de venir sur une place publique d’une ville presque complètement démolie, d’être entouré de 75 à 150 personnes… » Jusqu’à l’arrivée à Paris le jour de la Libération, l’information et la diffusion aux G.I de concerts seront son quotidien.

Puis ce fut l’U.S Intelligence Agency, puis les relations avec la radio française qui ont débouché sur l’émission de Paul Gilson en 1946 « Tour du monde autour d’une table » ce qui permit à Sim qui avait fait venir son épouse et leur premier fils en France de reprendre le collier de la musique. Dès Janvier 1947, Paris-Inter fut créée, la première émission lui fut confiée, ainsi naquit « Panorama du jazz américain » le samedi entre 12 et 13 heures, suivirent plus de 4000 émissions.

Le président Eisenhower partant du principe que le jazz était le meilleur diplomate de l’Amérique a encouragé les tournées de jazz en U.R.S.S, Afrique et Sim Copans a pris le bâton de pélerin en animant des conférences dans les années 50 tant en France qu’ en Afrique, des semaines entières. Directeur de la bibliothèque Benjamin Franklin des services culturels américains, membre du conseil d’administration du centre culturel américain, fondateur de l’Institut d’Etudes Américaines sous l’égide de la New-York University, co-fondateur de l’Association des enseignants en langue américaine, il permit le développement des études américaines au sein des universités françaises jusqu’à devenir docteur honoris causa de l’Université de Nancy.

Auteur de « Chansons de contestation – reflet de l’histoire américaine » en 2 volumes, auteur de nombreuses préfaces « Une introduction au jazz » de Langston Hughes, « Mister Jelly Roll » d’Alan Lomax, « Dictionnaire du Blues » de Jean-Claude Arnaudon,…… rapporteur de colloques comme celui sur l’Art Nègre de Dakar en 1966, rédacteur de nombreux textes de pochettes de disques ou de revues, Sim Copans laisse tout au long de cette seconde moitié de siècle
son empreinte sur le jazz.

Et Souillac? En avril 1945, à l’invitation de Jean Calvel voisin de Lanzac et journaliste notoire, il vient dans le Lot en militaire avec la « bénédiction » signée d’Eisenhower. La région lui fait les yeux doux, pendant que son épouse est toujours aux U.S.A, les cloches de l’église de Lanzac sonnent à toutes volées mais c’est pour annoncer la prise de Berlin par les russes! Sim fasciné par le Lot, Lucienne fascinée par Sim, en 1963, le couple s’installe à Lanzac où il réside se partageant avec Paris depuis la fin des années 70. Deux fils, puis six petits-enfants et maintenant 2 arrières petits-enfants donnent le tempo chaques vacances dans la maison blanche lotoise!

Février 1975, le docteur Vizerie, président du club local de l’Unesco demande à Sim Copans de faire une conférence, ce sera « De la côte des esclaves à la Nouvelle-Orléans ». René Yronde dans la Dépêche du Midi du 19 février 1975 dit: « Sim Copans se déclare heureux de faire cette conférence sous l’égide de l’Unesco car il n’y a pas de musique plus internationale que le jazz, montrant l’unité de l’humanité. Le jazz est un langage extraordinaire créé dans la servitude et la souffrance, l’histoire du jazz, c’est l’histoire d’une musique mais c’est aussi l’histoire du peuple noir américain et sa protestation ».

L’idée d’un festival pris corps fin 75 au sein d’un groupe de mordus, outre Sim Copans: Bailles, Calvel, Yronde, Cazals, Dubois, Rohic, Beigné, l’abbé Bergougnoux sans oublier Pivaudran et Stephant toujours actifs. Le premier concert eut lieu le 11 juillet 1976, un millier de personnes ont rempli l’abbatiale Sainte-Marie pour écouter la chanteuse de Gospel Songs Marie Knight et le chanteur de Blues Memphis Slim.

L’Association pour le Festival de Jazz de Souillac, en 1985 décide de donner son nom à la manifestation. Ce sera « Souillac en jazz – festival Sim Copans ». Il reçoit à cette occasion, au nom de Jack Lang et des mains du ministre Martin Malvy, la Croix de Commandeur des Arts et Lettres, qu’il place aux côtés de celle de Chevalier de la Légion d’Honneur décernée en 1957 et de celle d’Officier qu’il reçoit en 1982.

En 1995, pour les 20 ans du festival, qu’il préside depuis la fin des années 80, paraît aux éditions du Laquet un livre « Jazz à Souillac », il y rappelle ces mots d’Henri Texier contrebassiste de talent, qui résument parfaitement la chaleur et l’amitié que l’équipe avec lui a su installer: « Le festival de jazz de Souillac est un festival à dimension humaine ». Lors de la préparation de la 24ème édition de juillet 99, il disait combien l’association était fière d’avoir présenté pendant bientôt un quart de siècle cet « art authentique », cette musique qui « a trouvé son lieu dans l’été lotois »: le jazz. Au cours de cette même année 99, il fait don à la ville de Souillac d’une part importante de sa bibliothèque – discothèque qui, elle aussi, a trouvé son lieu dans les saisons lotoises.

Robert Peyrillou directeur artistique
du festival de jazz “Sim Copans” de Souillac